Interview de Roxane, co-créatrice de la distillerie Maison M

Parce qu’il est essentiel de connaître ceux qui fabriquent vos spiritueux de montagne, nous vous proposons d’en savoir plus sur la co-fondatrice de la distillerie Maison M. Roxane vous dit tout sur son quotidien, sa manière de travailler seule et en couple, son amour de la montagne et les projets de la distillerie.

Photo d'un homme en train de servir un cocktail à base de génépi 40

Quelle a été l'inspiration derrière la création de la distillerie MAISON M ?

L’idée, c’était d’entreprendre et de créer un concept où nos passions de l’artisanat et du créatif se rejoignaient. J’ai fait du design et Philippe est artisan, on a toujours baigné là-dedans. Pour la partie distillerie, on a toujours aimé les alambics, pour Philippe distiller c’était même un rêve. On a choisi la distillerie, car nous sommes entourés de matières premières de haute qualité. Nous avons grandi dans des montagnes en Savoie qui regorgent de ressources. Beaucoup de plantes se consomment et sont très intéressantes gustativement parlant. Il était important pour nous de les valoriser, de faire découvrir à nos clients la richesse de notre territoire. Nous avons fait le choix de privilégier la cueillette plutôt que d’aller se fournir chez l’herbier. Cela nous permet d’avoir des produits très qualitatifs et de maitriser toute la chaîne. Enfin, nous souhaitions reconquérir les consommateurs et leur faire redécouvrir des produits. Par exemple, le génépi peut avoir une mauvaise image auprès de certains. Nous avons voulu montrer qu’en travaillant de manière qualitative le génépi ne s’apparente plus à une liqueur ancienne mais à un produit de luxe, raffiné. Pari réussi ! Puisque 99% des personnes qui n’aiment pas le génépi ressortent agréablement surpris de nos dégustations.

Quels sont les défis que vous avez rencontrés en démarrant le projet ?

Beaucoup ! Déjà, on est parti d’un concept inexistant donc il a fallu tout créer. Puis, venant d’une famille où personne n’est entrepreneur, je n’ai pas du tout été éduquée là-dedans. Tout était du défi : gérer la paperasse administrative, manager et même gérer la caisse enregistreuse (rires). Ensuite, il y a beaucoup de taxes et de droits sur l’alcool qui impliquent un travail rigoureux de suivi avec les douanes. Cela est lourd administrativement parlant. Heureusement, on a une super équipe qui nous aide beaucoup et les équipes de la douane de Chambéry sont top !

Comment la région influence-t-elle vos créations ?

Ce sont les matières premières qui influencent notre production. En créant Maison M, nous avons voulu mettre en avant tout ce qu’on trouvait dans les montagnes autour de Valmorel en Savoie. De plus, la région étant touristique, les ventes s’en ressentent. Cela nous permet de rayonner  nationalement et internationalement à Paris ou en Belgique, par exemple.

alambic en illustration

Comment se déroule le processus de distillation pour vos spiritueux ?

Nous possédons un alambic à colonnes  habituellement dédié à la parfumerie ou aux huiles essentielles. Nous avons plusieurs procédés :

  • Distillation vapeur (extraction d’huiles essentielles), on fait passer l’alcool à travers les brins et on extraie les huiles essentielles des fleurs.
  • Distillation à repasse pour les eaux-de-vie (fermentation naturelle sans ajout de sucres). C’est généralement une double ou une triple distillation. Plus on passe dans l’alambic et plus la teneur en alcool est élevée.

Notre technique d’extraction d’huiles essentielles des fleurs est peu répandue dans le domaine des spiritueux. Pourtant, elle apporte un côté plus soyeux en bouche et des alcools moins brûlants.

À quoi ressemblent vos journées types en fonction des saisons ?

C’est effectivement en fonction des saisons que l’activité s’articule. L’hiver, je suis en boutique pour recevoir nos clients et pour gérer l’administratif (suivi douanes, commandes, mail, communication, étiquetage, design des flacons). Au printemps, je m’occupe de la préparation et l’expédition des commandes pour les professionnels. L’été est intense car je jongle entre l’administratif, la boutique et la cueillette. Enfin, en automne, je gère les commandes ainsi que les évènements comme les salons professionnels.

Quel est le spiritueux qui vous ressemble le plus et pourquoi ?

Bonne question ! Je dirais le Génépi 40. On est sur un génépi explosif, il reflète mon côté dynamique, original et moderne. Sa bouteille esthétique rappelle aussi mon amour pour les belles choses.

philippe bodon et roxane mengoli

Travailler avec son partenaire de vie est une aventure en soi. Comment gérez-vous l’équilibre entre votre vie professionnelle et personnelle ?

Très bonne question ! Quand Philippe travaillait dans le restaurant familial de ses parents, je l’aidais pendant mes vacances. Lors de cette période, on s’est dit qu’on ne travaillerait jamais ensemble ! (rires). On l’a quand même fait ! Au début, ce n’était pas évident, car chacun a sa façon de travailler. De mon côté, J’aime bien être ordonnée pour ne pas trop paniquer. Avec le temps, on a appris à bosser ensemble. On se complète bien et nous avons tous les 2 contribué à la réussite de la distillerie. Je suis une fonceuse, c’est en partie pour cela que la distillerie s’est vite développée. Quant à Philippe, il est bricoleur, réfléchi et trouve une solution à tous les problèmes (panne, etc.). La distillerie se développe grâce à tous les chantiers qu’il entreprend. Côté vie perso, Maison M prend de la place et difficile de ne pas parler du boulot à la maison… Mais nous avons pris la décision de nous libérer du temps pour être avec les enfants, sinon on le regrettera un jour !

En quoi votre passion pour la montagne et la randonnée influence-t-elle votre vision engagée ?

Nous faisons attention à notre environnement en changeant de lieu de cueillette pour ne pas épuiser les ressources et qu’elles se régénèrent d’année en année. Cela est possible, car nous avons une petite production qui nous permet de ne pas faire de la cueillette intensive. Nous faisons également le choix de cueillir des plantes qui sont invasives tout en ayant une chouette puissance aromatique comme la reine des prés. Pour le génépi, nous avons des quotas de cueillette imposés par la DDT. Par exemple, le génépi on ne doit pas l’arracher, mais le couper. La myrtille, nous ne pouvons pas la ramasser aux peignes avant le 15 août. En règle générale, si l’humain veut continuer à vivre plutôt correctement, il faut faire très attention à notre nature et ça passe par-là.

Que vous apporte ce métier personnellement ?

Voir que notre entreprise se développe, voir l’engouement qu’il y a autour de notre projet, la satisfaction des clients, c’est une immense fierté. Nous sommes vraiment partis de zéro, on a vraiment créé tout de A à Z et nous n’étions pas surs que cela fonctionne. Aujourd’hui, cela fait 5 ans et la distillerie est reconnue. Nous avons un sentiment du travail accompli, même si nous ne comptons pas nous arrêter là !

Le design joue-t-il un rôle important dans la présentation de vos produits ?

Oui, c’est le nerf de la guerre ! Il est hyper important dans le choix des consommateurs. Le beau et l’esthétique, c’est ce qui donne envie de déguster une bouteille plutôt qu’une autre.

Quelle est votre vision de l’avenir de la filière ?

Ce n’est pas facile de maintenir une distillerie en bonne santé financière, car une grosse partie du chiffre d’affaires est reversé à l’État. Sinon, j’observe qu’il y a de plus en plus de micro-distilleries qui ouvrent, je trouve cela encourageant, car c’est un métier ancestral qui se perdait. Cela donne de l’espoir !

Quels sont vos projets pour la distillerie ? Les prochaines actualités ?

Nous avons acheté un corps de ferme en plein cœur du village qui a un magnifique cachet dans l’esprit savoyard. Notre projet est d’y installer un bâtiment de production et notre labo semi-enterré pour y faire un jardin botanique sur le toit du labo. Ce sera une toiture végétalisée avec un jardin botanique et un mazot (chalet d’alpage). Le public pourrait se balader et en apprendre plus sur les plantes de nos montagnes. Nous comptons aussi aménager la grange de la ferme qui fait 200m2 pour faire de l’événementiel (accueillir des événements culturels de la région, des mariages ou des séminaires). Cela fait 2 ans que nous travaillons dessus donc c’est le gros dossier du moment. Sinon, côté actualités nous participons bientôt au Salon Alpin d’Albertville. L’année dernière, nous avons fait sensation avec notre stand chiadé. À la suite de ce salon, nous avons expédié 33 palettes et avons fait la Une du Dauphiné !